A l’issue des négociations conventionnelles qui sont en cours, la profession attend un avenant à la hauteur de la réalité du terrain, des besoins des patients et de l’évolution du métier infirmier libéral. Or, à ce stade des négociations, les éléments communiqués suscitent des inquiétudes majeures.
Lors de la réunion bilatérale du lundi 9 février entre Convergence Infirmière et la CNAM, plusieurs thématiques ont été abordées, dans la continuité de la lettre de cadrage ministérielle. Depuis le début des négociations, Convergence Infirmière alerte pourtant sur la nécessité de faire évoluer ces orientations pour qu’elles correspondent réellement aux besoins du terrain, à l’accès aux soins et à la réalité de l’exercice libéral.
Or, ce qui nous a été présenté confirme que les priorités de la profession ne sont toujours pas entendues :
• Des sujets comme les SNP (soins non programmés) ou l’infirmier référent sont mis en avant, alors qu’ils ne constituent pas une demande prioritaire des infirmières et infirmiers libéraux.
• La profession attend avant tout une revalorisation de la lettre-clé AMI, indispensable après dix-sept ans sans revalorisation de la lettre clef.
• La prise en charge lourde des patients dépendants est évoquée, mais sans aucune visibilité sur son niveau de valorisation.
• Les évolutions envisagées pourraient conduire à la disparition d’actes associés auparavant possibles dans certains dispositifs, faisant craindre une perte économique réelle pour les IDEL.
Les actes associés multiples dans la journée, aujourd’hui cotables si passage unique pour la dépendance n’ont pas été évoqués.
Convergence Infirmière a réaffirmé plusieurs orientations majeures :
• Le besoin absolu de revaloriser très significativement l’AMI après 17 années de gel et de porter l’IFD à 4€ pour un certain nombre de prises en charge.
• La nécessité d’une véritable consultation infirmière holistique, incluant prévention et suivi clinique, seule garante d’un bénéfice mesurable pour les patients.
• La reconnaissance d’une consultation d’urgence infirmière, indispensable pour répondre rapidement aux situations aiguës à domicile et éviter des passages inutiles aux urgences.
• L’évolution de l’article 10 de la NGAP en autonomie, afin de sécuriser le circuit du médicament et améliorer l’organisation des réponses rapides.
Plusieurs inquiétudes demeurent :
• Des actes appelés à remplacer les dispositifs actuels (surveillance chronique, BSC+) sans valeur connue.
• Un modèle d’infirmier référent reposant sur une consultation conjointe au lit du patient avec le médecin traitant, créant une contrainte organisationnelle majeure.
• Enfin, apparaît une volonté de tracer très finement chaque acte infirmier, avec la fin possible de logiques d’enveloppes globales et un risque de baisse progressive des lettres-clés à la marge, dont l’impact cumulé pourrait être majeur.
Dans ce contexte, l’inquiétude de la profession est légitime. Sans texte complet, sans valeurs d’actes et sans enveloppe financière globale connue, il est aujourd’hui impossible de mesurer les conséquences réelles de cet avenant.
Une seule question demeure : cet avenant permettra-t-il enfin de répondre aux besoins concrets des patients et des infirmières libérales, ou passera-t-il une nouvelle fois à côté de l’essentiel ? (Pour rappel, https://convergenceinfirmiere.com/bilan-detape-des-negociations-conventionnelles/)
Cette situation est d’autant plus préoccupante que la profession traverse un contexte économique extrêmement difficile. En quinze ans, l’inflation cumulée a fortement augmenté, tandis que les actes courants infirmiers n’ont pas été revalorisés. Dans le même temps, toutes les charges explosent : véhicules, carburant, logiciels métiers parfois multipliés par 4, matériel professionnel, énergie, chauffage, alimentation… Autrement dit, le coût de l’exercice et le coût de la vie augmentent, tandis que les revenus infirmiers stagnent. Les résultats de la dernière consultation de Convergence Infirmière sont aussi édifiants qu’inquiétants : près de 40% des IDEL qui ont répondu rencontrent des difficultés économiques sérieuses, et plus de 70% ont envisagé de cesser leur activité libérale pour des raisons économiques !
Dans ce contexte, de simples ajustements ou “mesurettes” ponctuelles ne peuvent pas répondre à la réalité économique de la profession. D’autant plus que des marges d’économies existent dans le système de santé, notamment à travers le gaspillage de médicaments, de dispositifs médicaux et de petit matériel, évalué à un niveau très élevé. Les infirmières et infirmiers libéraux sont prêts à travailler concrètement à ces économies, car leurs compétences en suivi, prévention et éducation en santé permettent d’éviter des hospitalisations, des complications et donc des dépenses inutiles pour l’Assurance maladie.
Rappelons enfin une réalité essentielle : les infirmières et infirmiers libéraux sont plus de 100 000, maillent l’ensemble du territoire et garantissent un accès aux soins quotidien, sans désert infirmier.
Les attentes de la profession sont aujourd’hui aussi immenses que légitimes.
Une question demeure entière : cet avenant répondra-t-il enfin à la réalité économique, sanitaire et territoriale de l’exercice infirmier libéral, ou restera-t-il un avenant minimaliste, sans impact réel ?


