Carburant : 80 € pour une infirmière sur quatre. Les infirmières libérales attendaient une réponse, pas une aumône.

Le gouvernement a présenté ce mardi, à Bercy, ses nouvelles mesures face à la flambée des prix des carburants. Pour les infirmières et infirmiers libéraux, qui soignent chaque jour des millions de patients à domicile, la réponse tient en trois lignes. C’est un bonus ponctuel réservé à une minorité, une aide « grands rouleurs » dont la profession reste largement exclue, et un report de dettes. Trois infirmières libérales sur quatre n’auront rien. Convergence Infirmière le dit sans détour : ce n’est pas une politique, c’est une mascarade.

Le bonus « territoires & ruralité » de 80 €, réservé aux infirmières parcourant plus de 100 km par jour, concernera 25 000 infirmières libérales sur près de 99 000. Son coût total est de 2 millions d’euros. La revalorisation de l’indemnité forfaitaire de déplacement que nous demandons coûte 300 millions d’euros par an. Le gouvernement propose donc moins de 1 % de ce qu’exige la situation.

Les infirmières de ville sont purement et simplement oubliées. Elles cumulent les petits trajets en circulation dense et ne peuvent, pour la plupart, facturer aucune indemnité kilométrique.

Pour une infirmière qui effectue 32 déplacements par jour, 80 € équivalent à deux jours de la revalorisation demandée. Deux jours. Avec un gazole à 2,41 € le litre, un record, 80 € représentent à peine 33 litres. Nos tournées, elles, ne s’arrêtent pas au bout de deux jours.

L’aide de 100 € aux grands rouleurs est plafonnée à un revenu fiscal de référence de 16 880 € par part. Ce plafond a écarté de fait la grande majorité des infirmières libérales, celles-là mêmes qui roulent le plus en France. Le gouvernement annonce aujourd’hui un élargissement et un accompagnement de l’Assurance maladie. Nous n’avons pas besoin d’être accompagnées pour remplir un formulaire. Nous avons besoin que nos déplacements soient payés à leur coût réel.

Reporter le paiement des cotisations URSSAF, c’est repousser l’échéance, pas la supprimer. Chaque euro reporté devra être payé. Il le sera précisément au moment où la revalorisation de l’AMI, attendue depuis dix-sept ans, commencera à peine à produire ses effets, et où les prix à la pompe n’auront peut-être pas baissé.

Les aides à domicile de la branche associative ont obtenu en mai une revalorisation pérenne de leurs indemnités kilométriques. Les masseurs-kinésithérapeutes bénéficient d’une indemnité de déplacement de 4 € pour leurs patients dépendants ou post-opératoires. Les infirmières et infirmiers libéraux, eux, n’ont reçu aucune mesure pérenne. Leur IFD, la seule indemnité facturée par toutes, reste bloquée à 2,75 €. Elle n’a été revalorisée durablement qu’en 2012 et en 2024. Leurs indemnités kilométriques n’ont pas bougé depuis 2020.

Aujourd’hui, se rendre chez un patient pour une injection coûte plus cher que ce que rapporte le déplacement. Une infirmière perd de l’argent chaque fois qu’elle se rend au chevet d’un patient. Aucune prime ponctuelle ne corrigera cela.

Les infirmières et infirmiers libéraux tiennent le soin à domicile dans ce pays, là où il n’y a plus de médecin, plus d’hôpital, plus personne. Maintenir un patient à domicile coûte bien moins cher à l’Assurance maladie qu’une hospitalisation, un SSIAD ou une HAD. Encore faut-il que les infirmières puissent continuer à s’y rendre. Si le gouvernement pense acheter notre silence avec un bonus distribué à quelques-uns, il se trompe lourdement.

Convergence Infirmière exige :

– l’IFD portée à 4 €, immédiatement et pour tous ;
– l’exclusion des indemnités de déplacement (IFD, IK) du bénéfice imposable : elles remboursent un frais et ne rémunèrent pas un soin, et cette mesure ne coûte rien à l’Assurance maladie ;
– l’indexation des indemnités de déplacement sur le prix des carburants ;
– un accès prioritaire aux carburants en période de pénurie ;
– l’ouverture sans délai de négociations conventionnelles sur les frais de déplacement.

Faute de réponse structurelle, la profession devra se mobiliser puissamment pour que notre système de santé de proximité puisse perdurer, au nom des patients les plus isolés et les plus fragiles.

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