Convergence Infirmière publie les résultats d’une vaste consultation consacrée aux Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS). Avec 2 117 participants, cette enquête met en évidence une réalité contrastée : si la coopération territoriale peut apporter des bénéfices, une part importante des professionnels interrogés peine encore à en percevoir les effets concrets pour les patients comme pour leur propre exercice.
Près de sept répondants sur dix déclarent adhérer à une CPTS. L’enquête ne traduit donc pas le regard extérieur de professionnels éloignés du dispositif : elle donne largement la parole à ceux qui le connaissent et, pour beaucoup, y participent.
Les bénéfices rapportés existent. Les répondants évoquent notamment une meilleure connaissance des professionnels de leur territoire, la possibilité de rompre l’isolement, de faciliter les échanges, de construire des parcours ou encore de mener des actions de prévention.
Mais les résultats révèlent également un décalage important entre les attentes placées dans les CPTS et les effets ressentis sur le terrain. Parmi les professionnels ayant répondu aux questions correspondantes, 53,70 % estiment que leur CPTS améliore peu ou pas du tout la situation des patients. Ils sont 59,07 % à porter le même jugement lorsqu’ils sont interrogés sur l’amélioration de leur propre exercice professionnel. Ces résultats interrogent nécessairement la capacité des CPTS à transformer concrètement l’organisation des soins et à rendre cette transformation perceptible par les professionnels qui exercent quotidiennement auprès des patients.
La consultation met également en évidence un besoin de lisibilité concernant l’utilisation des moyens consacrés aux CPTS. 60,78 % des répondants à la question déclarent ne pas connaître le budget annuel de leur CPTS. Et lorsqu’ils sont interrogés sur la justification des financements au regard des résultats obtenus, 51,97 % répondent négativement. Ces réponses ne permettent pas de conclure, à elles seules, à une mauvaise utilisation des financements. Elles traduisent en revanche une attente claire : les moyens engagés doivent pouvoir être reliés à des résultats identifiables, évalués et rendus publics.
L’enquête interroge également la gouvernance des CPTS. Si une majorité estime les IDEL suffisamment représentés dans les décisions, 45,40 % expriment l’avis contraire. Pour Convergence Infirmière, la coopération pluriprofessionnelle ne peut pleinement fonctionner que si l’expertise des infirmières et infirmiers libéraux, leur connaissance du domicile, des patients, des aidants et des ruptures de parcours, participe réellement à la définition des priorités territoriales.
Les centaines de contributions libres recueillies dans le cadre de cette consultation font émerger des orientations très concrètes : mieux partir des besoins locaux, renforcer le lien entre la ville et l’hôpital, favoriser le maintien à domicile, simplifier les contraintes administratives, ouvrir davantage les gouvernances et rendre compte aussi bien des dépenses que des résultats obtenus.
Elles montrent aussi que les avis sur l’avenir des CPTS demeurent contrastés : certains répondants demandent leur suppression et la réaffectation des financements aux soins, tandis que d’autres défendent leur utilité et considèrent qu’elles ont besoin de temps et de professionnels disponibles pour produire pleinement leurs effets.
Convergence Infirmière souhaite que cette diversité soit entendue et que l’évaluation des CPTS repose désormais davantage sur des résultats concrets, mesurables et transparents.
« La valeur d’une CPTS doit se mesurer à ce qu’elle change pour les patients et les soignants, avec une exigence de transparence sur chaque euro engagé. » Ghislaine Sicre, Présidente de Convergence Infirmière.
L’intégralité de l’enquête sera transmise à la Cour des comptes, à la ministre chargée de la Santé et à la CNAM.


